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Nouveau monde - un poème de Thomas Campbell-Price, troisième lauréat du Prix Damas 2026

  • Photo du rédacteur: Cretté Alexandra
    Cretté Alexandra
  • il y a 4 minutes
  • 2 min de lecture


Le nouveau monde est présenté comme une promesse incroyable de progrès, de lumière, et d'un

avenir parfaitement contrôlé.

Tout le monde dit qu'il est nouveau, meilleur, et presque salvateur. Mais

nous finissons par oublier qu'il est peut-être ailleurs.


Au dos du diable, en fait. Le diable n'a pas de cornes ni de flammes plus, il a changé d'air. Il parle

comme un ange, habille comme une star, et se mélange à nos habitudes les plus normales.

Il ne nous

contraint plus, il nous séduit. Il entre dans notre vie quotidienne, accélère la vitesse de notre monde,

et nous organise nos désirs. Et nous sommes prêts à croire tout ce qu'il nous dit, sans même nous en rendre compte.


Il nous dit que tout doit être immédiat, visible, mesurable, rentable. Et nous nous y laissons prendre

complètement.

Nous regardons

ses écrans, ses flux continus, et ses promesses d'infini.

Nous avançons

vers lui en pensant aller à l'avenir, mais à chaque pas, nous laissons plus de chose derrière nous.


Derrière lui, il y a un trou blanc.

Non pas un vide, une ouverture. Non pas une absence, mais une

possibilité.

C'est là que quelque chose peut recommencer. Ce trou blanc, c'est l'ombre du monde qui

nous pousse trop vite. Il ne fait pas de bruit, il résiste. Il est discret, et il persistent. Il survit dans les plis

de notre vie : dans la pensée lente, le silence fécond, la parole qui cherche encore sa justesse, et

l'attention offerte sans calcul.


C'est là que nous ne regardons plus. Nous avons oublié l'importance de la pensée qui pense contre soi-

même, du doute qui doute sans se dissoudre, et de la compréhension qui comprend sans réduire. C'est


là que nous laissons la capacité de nous lier les uns aux autres, menacée par la vitesse et

l'indifférence.

Nous avons oublié ce qui éclaire vraiment, car nous avons trop cherché à éclairer tous

les côtés.


Mais la lumière n'est pas dans l'excès de visibilité,

elle est dans la justesse du regard. Et pour cela,

nous avons besoin de cette exigence

de retournement.

Retourner ne veut pas dire fuir le monde, mais

refuser de nous y fondre. C'est accepter que ce qui compte ne se donne pas immédiatement,

ne se

consomme pas,

ne se voit pas. C'est accepter de voir ce qui ne fait pas événement, loin du regard.

où rien ne crie, là où tout commence.


Le nouveau monde peut ne pas être visible pour ceux qui restent fascinés par le visage du diable, mais

peut-être qu'il n'appartiendra qu'à ceux qui osent voir autrement,

et qui osent lui tourner le dos.





 
 
 

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