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  • Photo du rédacteurCretté Alexandra

Villes d'Amazonie, villes de la Caraïbe - Poème d'Alexandra Cretté du recueil Last Baaadasssss Song

Street




Chemin de terre rouge, boueux

après la pluie

-cataclysme douloureux de la pluie

qui tord les palmes, les ailes des kikivis

les tee-shirts sales des enfants

qui force les pieds à la rigueur

de lavements perpétuels

et de soupçons pour les recoins

- cataractes de pacotilles

le long des lambrequins

déversant des soucis de coiffure

bâclées par le quotidien

Rue goulot de bouteille de bière

lacérée de bleu violent

grilles en plein centre pour l'eau

-encore elle- partout le long des murs, des poutres, des panneaux publicitaires, des avis de location...

fouissante et traîneuse et ravineuse

Rue longée d’égouts à ciels ouverts

broussailles vivaces

peuplée d’étiquettes vives

coupantes

aux cotés d’herbes sans nom

-sans nom pour mon oreille tendue à travers ce rideau de son

sans nom de rue

quelques numéros épars (pour la plupart).

-au travers d’une forêt de piquets et de boîtes

ou d’ombres drues hachées verticales

Des noms

des numéros de boîte postale

Et les murs de tôles

les murs de craie rose ou rouge

les murs lavés

délavés

aux grandes eaux de la saison

en traînes vides et luisantes

aux bords légèrement gris.

Agrandissant l’écaille.

Hoo bay, koté to ka alé?

des questions qui glissent

pa fé majorine

vini palé ké mo

comme des caresses presque polies

sur mes fesses

Traces de pluie.

Murs d'école primaire

Murs couverts d’affiches aux noms de DJ oubliés

Murs de cités à deux étages

à trois étages de petits balcons

décolorés

Murs de chinois frottés par les ombres

-les troncs des rares arbres-

manguiers larges rugueux poisseux

modestes amandiers aux feuilles robustes

Ces murs de providence

pour les hommes seuls

-bière à la main-


ou pour les enfants qui y cachent leur trésor.

Rue de hanches saillantes et moulées

de talons hauts à l’épreuve

des racines sournoises

torves

rue de seins généreux

placides et caramels

ou coupoles de granit

comme un recoin nocturne

- plus sombre que l’ ani


Rue de bachata la nuit

4X4 longeant

les rues de plaisirs

s'arrêtant musique à fond

d’un coup de rein.

La rue noire en bloc.

Percée de rais rouges et jaunes

eux mêmes rayés par les cuisses fuselées

des filles qui courent

pour échapper au loup

pour échapper au mauvais œil

pour échapper aux mains de fer blanc

pour zébrer la nuit de jambes fuyantes.

Rais verts aussi, et bleus

parfois

qui coupent la rue à la machette.

- quand de secrètes étreintes rodent

et s’épuisent de caïpirinhas trop fortes

en excitations moribondes

- quand la sueur a séché

amère et salée

sur les bords d’un gobelet de rhum


Au petit matin

rue de marché

croulante de fruits

sur les étals

aigreur du manioc

et du cramanioc

Chant des coriandres

vert soufflant la légèreté lointaine

mains noires

mains jaunes

mains blanches

- combien d’heures sans dormir

au point du jour bleuit

à la rare lumière

qui devient soleil fou

et tasse derrière mes lunettes

les joies de sentir dans ma chair

le jour nouveau

et pourtant déjà mort

éphémère et acide -


Sueur et chemises collées

sur les cageots lourds

Pentes de toits

de toits rouges de tôles au dessus de nous

Toits de tissus essorés

cerfs-volants abritant

nourriture

-par terre

et les mains des petits enfants.


épluchures de quénettes

rognures de dachines

pelures de melon d'eau


- au loin et pourtant tout près -

chiens jaunes errants dans les rues de Cayenne.




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