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  • Photo du rédacteurCretté Alexandra

Lettre à Francilia - de Sandie Colas

Le temps me paraît long, si long que je ne compte plus les heures. Je reste enfermée entre les murs

étroits de ma chambre n’ayant pour clarté qu’un reflet de vitre dépolie dont la vue donne sur la

rue des Peuples Autochtones. Couchée sur mon lit, fixant le plafond à longueur de journée, des

milliers de pensées se bousculent dans ma tête. Elles ont creusé une fosse, une fosse noire dans laquelle vit la vie, rêve la vie et souffre la vie.

Aujourd’hui il pleut des cordes. J’en profite pour déclore les rideaux, ouvrir la porte vitrée. Pour respirer une bouffée d’air frais. J’aime tant l’odeur de la terre mouillée durant la pluie. Dans l’autre

immeuble juste en face, j’aperçois la voisine qui colore une mèche de cheveux de sa fille avec une

teinture caramel. Rien de tel pour sublimer sa peau mate. C’est une jeune femme qui est peut-être

dans la vingtaine, sa mère est d’une douceur infinie avec elle. Je me rappelle ce que ça fait d’être

ainsi dorlotée. J’en viens à les envier, elles me font penser à toi maman. Toi qui aimais si bien me

chérir. Mais à présent des milliers de kilomètres nous séparent et chaque jour je rêve qu’il n'y en ait

qu’un.

J’ai la nostalgie de tes caresses, de tes mets succulents. Tu me manques tellement.

Tu sais que je n’aime pas téléphoner, que ça m’épuise, que ça me soûle, autant que de faire la queue au resto de l’UG ou d’attendre l’arrivée du bus pendant des heures.

Mais avec toi c’est différent. Te savoir à l’autre bout du fil me rassure, je pourrais rester là toute une éternité à t’écouter encore et encore me racontant les mêmes histoires, sans me plaindre. Mais c’est dommage que le réseau soit notre principal ennemi, ça me brise le cœur à chaque fois que la connexion ne peut pas être rétablie et que je continue à répéter en boucle, dans le vide : “ Allô ! Allô, maman, je ne t’entends plus.”

Je regrette ce jour où je t’ai laissé au bas de la porte sans te prendre dans mes bras, comme si j’allais faire un petit tour au palais sans-souci pour parcourir les 365 portes et revenir juste après. J’aurais dû te serrer fort dans mes bras, mais je ne voulais pas que ça soit un adieu, je voulais être une ombrelle pour tes paupières.

Depuis, des années se sont écoulées et tous les jours je te vois au même endroit, au bas de la porte, près du perron gris en béton. Attends-moi je t’en prie, je reviendrai, même s’il faut marcher jusqu’à l’autre bout du monde.

Maman, je mentirai si je te dis que tout va bien, il y a des jours où je souhaiterais redevenir cette loupiote, pour m’attacher au fil qui pend à l’ourlet de ta robe.

Tu m’as toujours dit de me méfier des inconnus, mais ceux qui m’en ont fait voir de toutes les couleurs sont des gens bien connus. Ici la famille n’a rien à voir avec le sang, je te le jure.

Souvent j’ai l’impression d’être cette petite fleur qui se camoufle en silence au cœur de la forêt

amazonienne, celle qui est trop abîmée, celle qui est trop fragile, celle qu’on écrase sous ses pieds et qui a la hantise de se faner.

Je me suis cognée à la souffrance et j’ai dû apprendre à marcher droit. Qu’importe si j’étais ivre de

douleurs. J’ai dû apprendre à persévérer. Qu’importe si la route sur laquelle je chemine semble s’achever au sommet d’une colline.

Pour toi j’irai jusqu’au bout. Toi qui n’as jamais frémi de peur face aux combats de la vie. Je serai

fière quand je pourrai t’offrir cette aisance que je te dois.

Quand je pourrai dire avec quiétude que j’ai concouru à la félicité de ma seule et unique reine.






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