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  • Photo du rédacteurCretté Alexandra

Jérémie : un soleil mûr pour Ti Amélie - un texte de JJJJ Rolph

Dernière mise à jour : 2 févr. 2022



Il n’est de villes que ta beauté, tes fleurs de jasmin et tes petites maisons bleues. J’ignore pourquoi, je suis tombé amoureux de ce poète qui se dit resté au pays pour cet arbre qu’il aime à l’entrée la Grand ’anse. Je chante comme un oiseau les cantiques d’été que chantent les enfants. Du temps de mon enfance, pour t’inventer une farce, il faudrait à tout prix te moquer de Bòs Fant ou de Ti Lik Foumi. Le vieux Luc qui n’aimait pas qu’on se foute de sa tête minuscule. Je tiens à rappeler mon amour des fourmis. Surtout celles dites folles. Les fourmis ont le sens du partage et de la camaraderie. Il n’est de villes que ta bouche jet d’eau, fleurs de printemps, corps d’anse d’azur. Il est des poètes qui pleurent des femmes et d’autres des pays. Moi, arc-en ciel fragile, je crie Jérémie! Cette ville qui me hante chaque soir. Ils me sont souvent revenus ces souvenirs joyeux qui durent le temps d’une jeunesse. Quand il fallait être Pè Gèdès pour être bon danseur et Ebenezaire Dupré pour être bon poète. Qui de sa jeunesse jérémienne n’a pas voulu être Maurice Léonce ou Joël Dominique ? Elles étaient radieuses les saisons de pluie où les enfants chantaient pour agacer la vie : Kay kaz kale, kay Boyo kriye pou ble. J’adore les enfants, ils ont le sens du rythme et des larmes faciles.


Quand j’étais petit, j’ai rêvé jouer au foot comme kaka Chen, parler à la radio comme Alex Dominique et mourir sur la place Dumas pour les yeux d’une fille. Il y a toujours eu un moment de ma vie où j’ai voulu mourir d’amour. Quand je me traînais comme un chien après Fabienne ou comme quand, j’ai failli me noyer à l’embouchure, pour prouver à Élisabeth que je savais nager. J’ignore comment parler de toutes ses innocences. Elles sont nombreuses les femmes de mon enfance. Le petit garçon qui m’habite refuse jusque-là d’héberger les maisons qui n’ont pas de fenêtre. Que vaut la vie, sans l’horizon en face à contempler ? Je me lasserai vitement d’une ville sans fard, sans parapluie. C’était urgent à l’époque, de choisir son groupe musical : Cosmos ou Galaxie ? Chodyè lakay ou Feeling Mate ? Puis viens le temps de Fly back, Full Rasta, Love the best et autres délices. Je me trouve toujours un moyen de me tuer d’amour, un soir de noël ou un dimanche de carnaval. Comme cet ami poète qui ne cesse de vivre d’amour en mémoire de sa mère. Un jour, j’écrirai un immense poème : pour la mer de ma ville, capable de Piskèt et d’autres belles merveilles, et pour ces chiens qui, d’une façon élégante, traversent Madan kodo du temps de mon enfance.


J’adorais imiter les chiens. Je suis né à Saint Hélène, il fallait traverser la ville pour pouvoir mater le cul des belles écolières. C’était le temps des groupes de danses et de promo-culture. Faut croire qu’il y a des rues de ma ville qui abritent des soleils plus mûrs que d’ordinaire, telle que cette rue qui longe le grand cimetière, qui trouble chaque soir mes rêves d’enfants. Je songe à ce pays comme l’on songe à soi-même, à mon premier baiser derrière l’église Saint Louis. Du temps de mon enfance, quand tu voulais salir l’image d’une fille, tu écrivaiss son nom derrière l’église. J’ignore pourquoi les gamins faisaient ça à l’époque. Je ne l’ai jamais fait. J’ai vécu avec la peur au ventre de voir un jour le nom de l’une de mes sœurs affiché en lettre d’or sur le mur de la cathédrale : Boujolie Bouzen ! Laura angrenay fini ! J’aurais cassé la gueule de quiconque ose commettre un tel forfait. Il faudrait là encore que je puisse l’identifier, ce morveux. J’ai grandi dans une ville de fou énigmatique. Quand tu viens d’une ville qui porte le nom d’un pêcheur, soit tu finis poète ou fou de Dieu. J’ai toujours aimé ce fou qui se prenait pour un roi. Il s’asseyait fort souvent devant le collège Sacré Cœur. Une façon de pouvoir manger chez les sœurs de charité avant l’irruption des autres.

Il faut tout de même laisser la préséance au roi. J’ai assisté au conflit le plus philosophique de toute ma vie, quand un autre fou, Dimé, lui a piqué cette place, en prétextant d’être l’aîné des fous de la ville. Roi n’entend pas céder au droit d’aînesse. Ça allait finir aux mains, n’était-ce l’intervention de chère Makomé une autre folle, qui arriva à calmer ses deux copains. Je me souviens du temps d’Andris, le fou Philosophe qui marchait avec son sac rempli de livres, avant d’être détrôné par Cayimitte, qui nous sort toujours des réflexions sur l’être et le néant. On a eu tous peur à un moment de notre enfance de la saison des diables assoiffés de sang, de Ti kalap, cette voiture à la taille d’une boite d’allumettes qui vole les enfants. Du temps où il fallait à tout prix avoir une nana à l’orphelinat de sœur yvrose. Il est des fous de ma ville qui font peur aux enfants. D’autres lancent des pierres comme Baden. Cependant, plus rien ne reste après chaque passage dévastateur d’Alaqueleuleu au marché de Jérémie. Et pourtant, tous les marchands de la ville ont pleuré à sa mort.


Je me souviens aussi des professeurs à qui on l’on prêtait des noms bizarres, de Lolos qui surveille ses élèves autant que ses propres gosses à Bwa kèkèl directeur un peu maigrichon du lycée Nord Alexis. Je garde encore les souvenirs de Belle bête un géant prof de philosophie, du prof de math à qui j’ai donné le nom de Bipoint, de Ti machine qui peut te remplir un tableau d’exercice de maths en cinq minutes. Je me souviens du professeur d’anglais mythomane, qui nous mentait au collège St Louis et celui du collège Sacré cœur qui est allé faire caca en urgence, chez Fred l’un de mes camarades de classe. On a passé l’année scolaire sur son dos. C’était aussi l’époque des : marchons ensemble, vivons une école, une devise et des lycéens travaillons. Cette ville qui me ronge la tête quand je suis loin d’elle, est la seule porte qui s’ouvre sur mon enfance. Un jour, je ferai un tableau. Je dessinerai le fou rire de ces enfants de mon quartier, qui ont eu la ruse d’escroquer deux sucettes chez Ti papa, en face de la statue de Ti Amélie.


Quand tu es enfant et que tu grandis dans cette ville, il faut connaître d’abord Ti Papa, c’est la porte d’entrée. Après tu apprends à connaître Blek le vendeur de livres ambulants. Si tu veux, tu peux connaître aussi Watcha, lui qui est toujours ivre et qui n’inspire aucune confiance aux parents. Un jour, il m’a foutu un coup de pied au cul, par ce que je chantais une chanson qu’il a en horreur. Juste pour ça. Les gens disent qu’il faisait semblant d’être fou pour pouvoir t’ensorceler plus facilement. Il jouissait de l’infâme réputation de kondè qui lève les morts afin de les battre. On l’a toujours cru intouchable jusqu’à ce qu’il me foute ce coup de pied. Il en a reçu une violente fessée de la plus courageuse de mes sœurs. Et depuis, c’était ruiné, son mythe d’invincibilité. On se rappelle tous de ces instants qui embellissent notre jeunesse. Le moment de Juge Génie où il fallait gagner pour éviter la honte à ton école. Il est aussi ces jours où par fierté ou bêtise, tu caches à tes amis tes copines des écoles nationales : Pilote et Catherine Flon. La honte est le sport favori des enfants. Jérémie est quand même cette petite ville de poètes, où il fallait être soit du côté de Madan Loulou (Nouvelle de Lamenais) ou de l’autre côté, chez Madan Fritz (Petit Chaperon Rouge). Du temps de mon enfance, il fallait faire un choix. J’ai fait mon kindergaten chez madame Fritz Bourdeau. Mes petites sœurs, Laura et Medjine m’ont trahi en choisissant le camp adverse. C’était l’époque de CLAF, de SOJEC, de Descendants de Vilaire et des poèmes de rue. L’époque où le poète Caldwell te cite par cœur Castera et Philoctète. Le temps d’Evains Wèche et du trou du voyeur. Il a toujours fallu mon orgueil pour dire à chaque instant qu'il n'existe depuis la ronde aucun mouvement et courant littéraire en Haïti sans un grand écrivain jérémien.


Il fallait être poète pour écrire des doux billets aux femmes de la ville de Goman. Ce qui a valu à mon ami Ti Bab une fessée pour avoir envoyé la même lettre à sept filles du lycée de jeunes filles. C’était un jour de poisse, les filles se connaissaient toutes. Le pauvre a dû payer doublement cette lettre qu’il m’avait payé pour l’écrire à sa place. C’était aussi le temps où je ne permettais à personne de ma ville de me surpasser en histoire et en littérature. L’époque où toutes les jeunes femmes possédaient un cahier de chants. En grandissant les rêves ont changé de paupières. On n’a plus d’enfance à offrir aux oiseaux. J’envie encore le temps où Remarais Julien était prof à vingt ans dans notre cité de poètes. Je me fais vieux, à force de me faire brûler la cervelle. Je chante une chanson étrange pour l’enfant d’aujourd’hui. Que restera-t-il, si par malheur nos gosses grandissent en mal d’enfance ? Que deviendront-ils ? Que raconteront -ils aux autres étoiles à naître ? Il nous faut à jamais ces temps d’amour et d’espoir où il fallait se battre pour le lauréat régional. Sacré-Cœur ou Saint Joseph ? Cette fois ci ça tombe chez les frères de l’instruction chrétienne. Jean Wesley, Etzer Vilaire ou CPR ? Mais non frère, c’est encore le collège Saint Louis de Jérémie, qui vient de nous donner son habituel Lauréat National !



JJJJRolph











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