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  • Photo du rédacteurCretté Alexandra

Chronique des grands prénoms de la littérature Haïtienne par JJJJ Rolph - peinture de Moss Sondy



Je regarde la lune dans le ciel comme une lampe veuve. J’adore parler des lampes depuis ce vers de Marc Exavier ou depuis qu’un autre Dieu du nom de Saint Aude m’a conté ses interminables dialogues avec ses lampes. Il me faut depuis une lampe à chaque poème.

J’aime m’assoir la nuit vers la place de la Montagne, à Soula, pour épier l’odeur des passantes. Quand elles veulent bien me prêter un temps de parole, je leur lis un poème d’Aragon ou de Philoctète. Aucun autre poète n’a fait mieux qu’eux en amour. Ce sont des poètes d’une seule femme. Philoctète le poète de Margha et Aragon celui des beaux yeux d’Elsa. Il y a deux poètes qui pouvaient prétendre mieux faire qu’eux : Le Neruda du Chant général et l’immense poète du cantique des cantiques. J’ai adoré ce poète après avoir lu à douze ans ce vers sublime dans la Bible : « O mon amour que tu es belle au milieu des délices ».


Ce soir je regarde la lune, avec en main, un énorme verre de vin. Puisque la place se trouve à coté de chez moi. Mon ami Mister Ché, avec qui je vis en coloc, gare sa voiture au beau milieu de la rue pour écouter du Manno Charlemagne. Il fait toujours ça avant de dormir. Il aime deux choses dans la vie : La musique et Jean Michel Basquiat. Il change de nom à chaque moment de sa vie. Il est tantôt Sheezy, Mister Ché, Zo, Christopher puisqu’il déteste se faire appeler par son vrai prénom, Christophe. Je suis incapable de me prêter d’autres prénoms. Je suis aussi imbu de ma personne que de mon nom. Je suis JJJJRolph ou rien. J’ai toujours pensé à l’instar du poète George Sylvain que les noms ont une âme. L’âme des noms, ainsi s’intitule mon poème préféré de Sylvain.


Je regarde encore la lune et je prends une gorgée de vin. Aucune femme ne passe. Je me mets à la recherche du temps perdu. Il m’arrive parfois de penser à des choses insolites et saugrenues : les chansons qu’on doit absolument chanter ou écouter le jour de mes funérailles, à quoi pensent-elles les femmes qui ont planté leur cœur dans mon triste jardin ? et pourquoi y a-t-il autant de Jacques dans la littérature haïtienne ? L'onomastique m’a toujours passionné. J’aurais détesté le prénom Paul, s’il n’était pas devenu aussi noble, pour avoir été porté par : Verlaine, Valery et Eluard. Trois des plus grands noms des lettres françaises. Comment choisir entre le Paul de Mon rêve familier, celui de Charme et celui qui m’a aidé à habiter Port au prince cette Capitale de la douleur ?

Une femme passe. Je cesse de penser aux auteurs. Je me lève. Elle refuse de me partager sa joie de vivre. Je me remets à penser. Surtout à mon Jacques préféré de la littérature haïtienne. Est-ce Jacques Roumain, Jacques Stephen Alexis, Jacques Roche ou le madichon Jacques Adler ? il nous faut un livre sur un tel sujet. J’aimerais bien un jour écrire un livre pour aimer, jouer avec et me plaindre des noms dont j’ai horreur : Hitler, Duvalier, Bonaparte, et autres. Il y a un poète Faubert Bolivar qui raconte si bien que son Roumain à lui est Alexis. J’aime cette façon de lier les deux plus grands Jacques de la littérature-monde.


Il y a d’un côté le Henry de La tragédie du roi Christophe de Césaire et de l’autre coté les trois autres Henry des lettres haïtiennes. Henry Kenol et son grand désespoir des anges et les deux Henry de ma vie : Louis Bernard Henry et Carl Henry Pierre. Le premier a eu le prix Deschamps, pour sa Petite fille bleue, tandis que l’autre se donne un nom de plume : Carl Pierreq. Je ne l’appellerai jamais comme ça même après un Nobel. Quand j’étais petit j’ai voulu que les gens m’appellent Junior. C’est pourquoi j’ai demandé à toutes les femmes de ma vie de m’appeler Jun. Il y a quand même des rebelles qui m’ont appelé, Roffo, Arum et Shaeir. Après avoir lu l’âme des noms de George Sylvain, j’ai tenu à ce qu’on m’appelle Jean James Junior Jean Rolph. Malheur à celui qui ose à cette époque placer Rolph avant Junior.

Ma mère pourrait t’étrangler à l’instant.


J’adore mes prénoms autant que je déteste mon nom de famille. J’ai toujours voulu m’appeler Trouillot. Je suis un fou des Trouillot, la plus noble famille de la littérature du pays. De Michel Rolph jusqu’à Lyonel Trouillot, de Evelyne jusqu’à sa fille Dève lumineuse.

Ainsi, un poète fou d’elle écrivait : « Je n’ai goût pour le sel qu’à la pointe de tes seins ». Je rêvais tout le temps de me marier avec un Trouillot, pour me faire un nom ou une folie. Il y a une femme qui passe vers la place. Je la poursuis des yeux. J’ai eu tout de suite peur d’elle. Elle a la carrure de Bilha Dorcé, ma camarade de promo à l’école normale. J’ai toujours eu peur de Bilha Dorcé. Parlant de famille de futé, prenez garde mes Trouillot d’amour ! les Dorcé de Petit Goave sont à vos trousses.


Je me battais sur les réseaux sociaux avec des gens qui liaient les textes poétiques du chanteur Alan Cavé uniquement au talent de son père. Je surveille chaque commentaire pour rappeler aux gens qu’Alan n’a pas qu’un immense papa, mais aussi une mère poète.

J’étais devenu casse pied avec ce grand désir de parler de Yanick Jean et de l’infidélité non plus. La mère d’Alan a quand même écrit : Pour recommencer Paule ! j’avais oublié de le dire. La littérature du pays a produit Yanick Lahens et son Bain de lune, et deux autres Yanick, femmes d’écrivain : la femme de Frankétienne qu’on appelle parfois Yanick et la syndicaliste Yanick, femme de Georges Castera.


J'ai failli oublier dans cette liste les grands Georges d’Haïti (Georges Anglade, GeorgesCastera, Georges Sylvain). Comment parler de mon pays que voici sans ces météores. Et surtout Jacques Gabriel qui est à mon sens , le plus intellectuel des peintres haïtiens. Deux Dodo habitent mon cœur: Yves Dorestal (Don Dodo) et Dominique de Batraville, le plus généreux des poètes haïtiens.


Il se fait tard. La lune danse dans le ciel pour harceler la pluie. Une fille inconnue s’approche de moi. Je ne sais plus quoi faire. Elle me demande si j’ai une femme. Je lui ai dit que j’ai la plus belle femme du monde. Elle parle français avec un accent hispanophone. J’ai eu du mal à comprendre ce qu’elle désire. Mais, j’ai eu ma petite idée. Je cherche aussi une raison de prendre mes jambes à mon cou. Je me suis mis à lui parler de l’âme des noms. Je lui ai raconté que les haïtiens hangent le nom des rues en Guyane en référence à des endroits en Haïti et à l’histoire du pays. Elle ne comprend visiblement rien de ce que je raconte. Mon tel sonne. Faut croire que la chance sait sourire quand il le faut. Je file la queue entre les jambes répondre à l’appel de mon ami James Saint Sumé. Ce dernier, dans toute son extravagance, souhaite réunir sur un même projet : le poète James Noel, le chanteur James Germain, mon ami poète James Harmonie, le comédien James ésiris, le comédien James fleurissaint(Rikiki), le politologue James Orphée, le journaliste James Dufresne et moi, pour former avec lui le grand concert des James, du milieu culturel haïtien.






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